Voix du Nord : Wang Qingsong : la photo autrement
Un grand événement débute vendredi avec les Transphotographiques
Présenté lors l’exposition Paris-Pékin à la fondation Cartier de Paris, le travail de Wang Qingsong a gagné une aura internationale en trois ans. L’artiste est devenu l’une des figures emblématiques de la photographie chinoise, notamment outre Atlantique, où il a exposé plusieurs fois à New-York, Montréal, Macao, Londres… Un grand collectionneur suisse et les musées ont déjà su apprécier ses mises en scène humoristiques d’une tradition millénaire, celle de la Chine.
Un pays et ses habitants quelque peu ébranlés par l’ère de la consommation et du libre marché. N’hésitant pas à tourner en dérision l’art officiel et propagandiste de la Chine maoïste, il s’attaque aussi, non sans humour, à l’univers de la publicité (Look up, 2000) et à la futilité du combat guerrier et de l’héroïsme (Another battle n 6). Il n’hésite pas non plus à se tourner lui-même en dérision, se mettant en scène dans la plupart de ses photographies.
Des photographies particulièrement soignées, à tel point qu’on pourrait même lui contester ce genre : mises en scène de tableaux humains, de natures mortes très kitchs, évoquant presque la décoration des restaurants asiatiques qui fleurissent chez nous.
Mais l’intérêt des photos de Wang Qingsong réside aussi dans le grandiloquent, la taille importante des tirages qu’il propose. La photographie n’est plus une petite chose et dépasse même la taille du poster. C’est une œuvre murale riche de références, dont le spectateur peut scruter les détails comme on lirait un grand tableau allégorique. La Chine lui offre de grandes facilités techniques pour réaliser ses mises en scène de l’image. Il travaille ainsi dans les studios de cinéma de Beijing, où furent tournés les Kill Bill de Quentin Tarantino.
Ami de Luc Brévart, qu’il a rencontré près de Pékin en 2000, le photographe se destinait tout d’abord à une carrière militaire, suivant ainsi les traces de son père. C’est certainement plus réjouissant pour tout le monde qu’il ait choisi la voie de l’expression artistique.
Nicolas André

