Voix du Nord : Le journal intime d’H2W
ANCIEN membre de la Garde suisse pontificale, Hugues de Wurstemberger (né à Berne en 1955) s’est imposé comme photographe avec un reportage sur les gardiens du Vatican qui défraya la chronique, en 1985, lors de sa présentation au Musée de l’Elysée à Lausanne. Représenté depuis par l’agence Vu, il a travaillé notamment sur les Sahraouis, les paysans des Alpes Suisses, couvert les grands festivals culturels pour Libération ou encore renouvelé le regard sur la mode. Il a, entre autres, reçu le prix Niepce et World Press.
Les Transphotographiques présentent un tout autre versant de sa création, marqué par l’intime et non plus par le témoignage. Un journal de voyage en famille illustré de 51 images noir et blanc en 6×6, format de prédilection de celui qu’on surnomme H2W. Épreuves isolées ou polyptyques, il comporte de nombreux portraits de Pauline et Pierre, ses deux enfants, quelques-uns de sa compagne et de sa mère, deux de lui-même, qu’il ponctue par des paysages liés à des moments privilégiés : une virée à la mer, les vacances, l’ailleurs, une balade au bord d’un lac, en forêt… Couvrant plusieurs années, c’est un récit poétique, empreint aussi de gravité et d’énigme. Aucun visage souriant, comme l’évoque souvent la représentation de l’enfance, mais des portraits sensibles et profonds, révélant des postures singulières (Pauline à Brocéliande), des épreuves de la vie (séjours à l’hôpital), des faces tronquées par l’ombre ou floutées par le mouvement. Dans les paysages mais aussi dans plusieurs portraits prédominent l’élément aquatique (mer, lac, rivière, bain), ainsi que les arbres, la montagne et le ciel, cadrés séparément ou dans de subtiles communions. Il y aussi des natures mortes étranges (une dépouille de chien) et belles (un serpent desséché sur une pierre)…
Autre qualité d’H2W sa capacité à focaliser des détails pour créer des événements, en refusant toute profondeur de champ qui en atténuerait l’intensité et en magnifiant les jeux d’ombre et de lumière : un mur plongeant dans le canal de Venise, un champignon dans une sapinière, une plage constellée de coquillages où une silhouette floue d’une femme portant un enfant s’éloigne… Un voyage intime dont la sincérité nous touche alors même que nous sommes étrangers à la famille Wurstemberger.
François Lecocq

