Il y a vingt ans, lille2004 : les instantanés et les instants damnés de William Klein
Avec la complicité du service archives-documentation de « La Voix du Nord », notre « calendrier de l’avant » remonte le temps jusqu’en avril 2004 : quand William Klein a immortalisé celles et ceux qui faisaient battre le cœur de Lille.
Ils sont arrivés par grappes. Dans le journal, on découvrait, ce jour d’avril 2004, un drôle d’inventaire : « Des artistes, des journalistes, des gays, des musiciens de l’ONL, des mannequins, des joueurs de foot du LOSC, des policiers, des militaires, des médecins, les carnavaleux du quartier de Moulins… » Une séquence à laquelle ont aussi participé des personnalités politiques, ainsi qu’un groupe de majorettes.
« Des artistes, des journalistes, des gays, des musiciens de l’ONL, des mannequins, des joueurs de foot du LOSC, des policiers, des militaires, des médecins, les carnavaleux du quartier de Moulins… »
C’est vrai. Ils étaient tous là. Pas forcément dans cet ordre-là. Que retient-on, tout juste vingt ans après, de tous ces instantanés, qui sont autant d’instants damnés ? L’artiste avait à l’époque émis quelques réserves sur son travail : « À vrai dire, je ne pense pas que ce soient là les meilleures photos que j’ai jamais faites… », avait-il partagé avec quelques journalistes pendant les prises de vues.
Initialement, William Klein avait été contacté pour photographier Lille, comme il l’avait auparavant fait à New York, Moscou ou Tokyo. « Mais je ne connaissais pas la ville, il m’aurait fallu des mois. D’où l’idée de ces photos de groupes. »

Sincérité ou coquetterie ? William Klein a emporté ce secret dans la tombe. Né il y a presque 98 ans jour pour jour à New York (le 19 avril 1926), il s’est éteint à Paris en septembre 2022.
De ce concentré de la vie lilloise du début des années 2000, on a notamment gardé le souvenir des footballeurs du LOSC (cet été 2004, les Lillois sont allés remporter ce qui s’appelait alors la Coupe Intertoto au Portugal, au bout de la nuit et du suspense). Au printemps, William Klein, lui, n’aurait pas forcément misé un kopeck sur les chances lilloises le jour où il a fait ses mises au point. « J’avais demandé aux footballeurs de jongler avec leur ballon. Ils ne tenaient pas très longtemps. » Il y en avait même un, assurait alors le photographe, « d’une maladresse incroyable ». Sur la photo, on reconnaît Matthieu Chalmé, Christophe Landrin, Stéphane Pichot, Geoffrey Dernis, Grégory Malicky et le Brésilien Danté. Quoi d’autre ? Martine Aubry en blouse blanche. Son emploi du temps ne lui avait pas permis de prendre la pause avec les personnalités politiques, donc elle a pris place aux côtés du personnel médical du centre hospitalier.
« IL NE S’EST PAS FOULE ! »
L’expo a été visible du 15 mai au 15 juin 2004 au Palais Rihour. En septembre, au moment de tirer les premiers enseignements de ce qui avait été donné à voir, un journaliste de la presse locale a écrit : « De belles rencontres d’artistes. (Mais) un manque d’ambition de William Klein. » Avec ce commentaire, pour finir : « Il ne s’est pas foulé ! »
La maire de Lille avait pourtant apprécié la démarche : « Votre vision décalée rend compte des racines et de la modernité de Lille », avait assuré Martine Aubry.
Emmanuel Crapet pour La Voix du Nord du 27/04/2024

