Nord Éclair : Les Transphotos se lèvent à l’Est
La huitième édition des Transphotos aura bien lieu, et sous le label lille3000. Même si la polémique entre le directeur du festival et la mairie a laissé quelques traces, le programme des expositions est alléchant.
Tous les malentendus n’ont certainement pas été levés, mais l’heure n’est plus à la polémique. L’édition 2009 des Transphotographiques aura bien lieu, dans le cadre de lille3000, avec un programme fourni — 56 artistes représentés —, c’est déjà ça. Certes. Olivier Spillebout n’a pas sacrifié cette année à l’exercice de la conférence de presse avec les partenaires institutionnels. Certes. il déplore de ne pas pouvoir disposer des lieux habituels d’exposition, dont les prestigieux Palais des Beaux-Arts et hospice Comtesse. Mais le directeur du festival ne s’attarde pas sur le sujet. « Si ce festival veut garder son rang, il faut qu’il retrouve des lieux prestigieux. J’espère que ce sera le cas l’année prochaine et en 2011, pour les dix ans du festival ». dit-il simplement.
Pour le reste, la thématique Europe XXL tombe plutôt pas mal pour les Transphotos : dès sa naissance, le festival a tissé des liens avec les pays d’Europe de l’Est. « Avec les artistes, mais aussi les directeurs de galerie, de musée, de festival, les journalistes… » Il n’y avait plus qu’à. pourrait-on dire. La jeune génération de photographes de Pologne. de République tchèque. de Slovaquie ou de Lituanie sera bien représentée à Lille durant deux mois.
En tête d’affiche cette année, le reporter new-yorkais ô combien respecté Stanley Greene avec une exposition inédite en France sur le conflit en Azerbaïdjan. Autre « vedette ». le photographe de mode Patrick Demarchelier et ses clichés de la jeune égérie russe Natasha Poly. De la guerre au glamour, la palette des univers à découvrir est toujours aussi vaste. « Chacun doit forcément trouver une expo qui lui plaît, explique Olivier Spillebout. On reste dans l’esprit des années précédentes, en tentant de trouver un équilibre entre tout ce qui représente la photographie aujourd’hui. » Depuis la pellicule noir et blanc tirée dans un labo obscur jusqu’à la photo numérique retouchée et encore retouchée sur l’ordinateur.
Toutes les expositions du festival sont gratuites — l’an passé. on a dénombré 95 000 visiteurs. À noter aussi des conférences, des ateliers. des lectures de portfolios (payantes et sur inscription), des stages (payants). Et la possibilité d’acheter les œuvres exposées.
Si vous ne pouvez pas tout voir des Transphotos
- Bien sûr, on vous conseille Chalk Lines, les clichés de Stanley Greene sur le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan (au palais Rameau). Pas encore aussi réputé, le Lillois Antoine Sude propose son Reportage sur les Roms à Lille. réalisé alors que leurs caravanes étaient stationnées porte de Valenciennes (à la Maison de la photo). Et toujours sur les Roms. Romanès, de Dominique Seicher, vainqueur du concours organisé par le magazine Photo (au palais Rameau).
- Décalés. À voir au palais Rameau, les Autoportraits de Dita Pepe : la photographe tchèque se met en scène en épouse de riche entrepreneur, en mère de famille nombreuse dans un camp de gitans ou en sportive. Au même endroit. Guys from Poland with love, des caricatures de l’homme polonais signées Oiko Petersen. Et au Colysée de Lambersart, le même Oiko Petersen propose Downtown, des photos de mode dont les sujets sont trisomiques.
- Pour les esthètes. Les nouveaux publicitaires, une sélection d’œuvres de commandes ou personnelles de photographes de Photo-Shop, la plus grosse agence de pub de Varsovie (au Tri Postal). Sinon, au palais Rameau, on peut se laisser bercer par la féérie des Images Never Happened de Bara Prasilova.
- Pour ceux qui ne craignent pas d’être mal à l’aise. Traces, de Zuza Krajewska et Bartek Wieczorek, des portraits de personnes marquées par des accidents, des opérations, des brûlures (au Tri Postal). Andrzej Dragan lui, propose ses Allégories et macabresques à la Maison de la photo. Ce ne sont que des portraits, dit-il, mais certains spectateurs auraient été victimes de cauchemars après les avoir vus.
Youenn Martin

