La Gazette NpdC : La méditation au désert
Le photographe Thibaut Cuisset a planté son trépied en Islande et dans le désert du Namib. Il en a ramené des images amples et lumineuses, où la précision documentaire s’allie à un sens tout spirituel de la nature.
Belle idée que de présenter les photographies de Thibaut Cuisset au musée des Beaux-Arts. A travers le regard inspiré de cet artiste doux et méticuleux, qui enregistre les plus subtiles vibrations du paysage, le sommeil des pierres, les souffles du ciel et de l’eau, on saisit tout naturellement la filiation qui lie la photographie à la peinture. Prenez par exemple ce petit paysage de Ruysdael, l’un des chefs-d’œuvre du musée, où un cavalier chemine tranquillement dans la lumière des Pays-Bas, et comparez. Les photos de Cuisset ont le même recueillement et traduisent la mémo émotion retenue devant la beauté du paysage, la même sensibilité aux variations de la lumière. Et bien qu’il s’agisse de photos de déserts, arides ou verts, elles portent aussi de discrètes traces de l’homme et de son passage qu’on s’amusera à dépister dans l’image.
Comme Depardon, Cuisset voyage et travaille seul. Cela se sent dans l’exceptionnelle qualité de silence et la concentration quasi ascétique qui imprègne ses photographies. En eux-mêmes, ses paysages ne sont pas spectaculaires, l’émotion vient de la présence respectueuse, presque effacée, du photographe au sein de la nature. De la patiente délicatesse avec laquelle il choisit son angle, traite la couleur et attend la lumière. De son engagement à la fois réfléchi et sensuel dans l’acte de photographier. En quarante clichés, Thibaut Cuisset livre un art photographique dépouillé et lumineux et un hommage profond, sans grandiloquence ni mièvrerie, à la Terre qui nous porte.
Antoine Pecquet
J’élimine l’ombre pour ajouter du mystère », entretien avec Thibaut Cuisset
La Gazette. Un musée de peinture, c’est un lieu intéressant pour exposer des photos
Thibaut Cuisset. ‘Pour moi, très. En fait je suis venu à la photo pour deux grandes raisons, le cinéma et la peinture. La photo ne m’intéressait pas tellement pour elle-même. La peinture m’a toujours séduit parce qu’elle va très loin dans la couleur et dans le traitement de l’espace.’
On se demande parfois si vos images sont retravaillées à l’ordinateur..
‘Pas du tout. Mon travail est basé est sur l’élimination et l’épure, oui, mais à la prise de vue, pas après. Vous savez, la lumière est le plus important. Je travaille en lumière zénithale, par temps couvert, cela élimine les ombres. C’est ce qui donne un certain mystère à mes photos. Pas d’ombres. Et d’autre part le maximum de précision. Quand une photo est excessivement précise, elle devient irréelle.’
Le désert, c’est un sujet de prédilection pour vous ?
‘Non, c’est un moment de mon travail. En ce moment je m’occupe plutôt de villes, et spécialement de villes reconstruites après les guerres: Berlin et Beyrouth. Mais le désert est un révélateur. On y apprend des choses sur le temps, sur soi, sur l’attention qu’il faut porter aux choses. Un sens de l’économie, aussi: dans une société saturée d’images, il faut savoir ne pas trop en rajouter.’

