Voix du Nord : Wang Qingsong, une gifle à décoder
Les grands formats du metteur en photo chinois dispersés en six lieux d’exposition
On ne sort pas tout à fait indemne du face à face avec le travail de ce metteur en scène d’images photographiques qui n’a jamais fait de cinéma, mais compose toujours dans des studios faits pour le septième art. En l’an 2000, il faisait partie de l’avant-garde chinoise, se souvient Luc Brévart qui a lié depuis avec lui des liens d’amitié artistique, renforcés par une séance d’emprisonnement dans l’Empire dictatorial du Milieu, où on n’aime pas du tout les expressions sortant du cadre autorisé.
Mondialement connu aujourd’hui, Wang est né en 1968, marié et père d’un fils qu’il a prénommé Michael Angelo, inspiré sans doute par les peintres occidentaux dont il actualise aujourd’hui les scènes les plus connues, par le biais de la photographie (hôtel de Guipes).
La méthode utilisée est des plus originales, et l’impact, fortissime sur le regardant. La critique de la société chinoise noyée dans ses dérives commerciale et consommatrice est quasi omniprésente, le peuple chinois grandiosement scénarisé en train de perdre son identité au milieu des mac do et des cannettes de coca-cola (hôtel de ville). Ou encore, l’analyse critique des marchands du temple bouddhiste, vendant leur âme pour faire du fric (médiathèque).
Il y a toujours un message à décoder, même au sein de ses photographies en apparence très esthétiques. Les magnifiques pivoines, fleur emblématique du pays, flottant dans les nuages, sont en fait fabriquées avec des bouts de viande, des gras de porc finement tranchés, passés par la suite au congélateur. Allusion là (galerie Véret), à l’immense imagination des cuisiniers dans l’art de sculpter la nourriture.
L’image accroche l’esprit, comme cette photo ci-contre dénommée The Archeologist, où, comme toujours, le photographe se met lui-même en scène en 2008, cherchant obstinément une identité perdue au milieu de corps potelés (on ne peut confondre avec les camps nazis de la mort) recouverts de boue dans une fosse baignée d’une lumière sublime.
Dommage que Wang Qingsong n’ait pu quitter Pékin pour illuminer le vernissage itinérant de sa première rétrospective à Arras. Mais l’ami Luc a fidèlement commenté ses travaux parfaits : clichés pris en grosses chambres argentiques, tirés en deux parties, reconstitués sur ordinateur et imprimés en numérique.
Danielle Bécu

