Voix du Nord : Le corps, photos et métamorphoses
À l’Hospice Comtesse à Lille
C’est une exposition curieuse, séduisante, en tout cas particulière que les (déjà nombreux) fidèles des Transphotographiques ont pu découvrir, dès hier soir, à l’Hospice Comtesse à Lille. Non pas dévolue à un ou deux, mais à une trentaine de photographes parmi lesquels de grands noms tels Richard Avedon, Nicholas Nixon ou Diana Michener (présente au vernissage).
Sur un thème peut-être parmi les plus fréquentés par les photographes – le corps aujourd’hui -, Jean-Luc Monterosso, commissaire-général du festival et directeur de la Maison européenne de la photographie, a puisé dans ses très riches fonds (18 000 œuvres aujourd’hui). Le corps, « transparence » et « transformance » (salle des Malades), « transmutation » (salle Desmet). Parce qu’il faut arpenter cette exposition comme un tout, peut-être, d’ailleurs en n’hésitant pas à faire des allers-retours.
Voici par exemple, ces visages saisis dans la « transformance » de l’âge – les quatre sœurs saisies par Nicholas Nixon de 1975 à 2001 -, les autoportraits de Diana Michener – « tellement différents d’un jour à l’autre qu’ils finissent par poser la question de l’identité, du qui suis-je pour être si changeant ? » Un peu plus loin, les « transformances » du transformisme, du travestissement, chirurgical ou « bodybuildé », ou de l’âge et de la vieillesse. Ace moment, d’ailleurs, la mort n’est pas loin (voir les photos de Duane Michals). Avec la salle consacrée à la « transmutation », c’est le corps qui transforme la photo affirme Jean-Luc Monterosso. Avec le numérique, le photographe peut inventer (?) des corps qui n’existent pas, clonages cauchemardesques, jeux des amorphismes sur les visages, univers totalement fantasmés. A moins, cheminement inattendu mais tellement riche de promesses, qu’il puisse servir à remonter le temps : où le photographe dessine les traits des modèles ayant pu poser devant le sculpteur il y a des siècles…
J.-M. D.

